Parcours de l’exposition
Vous êtes curieux de découvrir cette exposition à la fois chronologique et thématique ? De plonger dans l’univers de Christian Lacroix ? Voici un aperçu des différentes salles qui composent le parcours de l’exposition. Bonne visite !
Salon d’honneur
Le parcours de l’exposition commence par une grande fresque réunissant dessins de l’artiste et images choisis par ses soins ouvre l’exposition offrant un aperçu du processus créatif de l’artiste et de son univers artistique. Cette passion de « juxtaposer et unir images, couleurs et sensations, source de poésie » sont au cœur du travail du couturier qui depuis son enfance réunit photographies sur l’histoire de la mode, gravures, tableaux, textiles, broderies et de vêtements. Des milliers d’images qui sont classés dans sa très riche bibliothèque numérique, formant un immense recueil iconographique. Des maquettes de costumes de scène viennent compléter ce vaste panorama.
Suivant un fil chronologique, les premières salles de l’exposition voient défiler les siècles. Elles témoignent d’une forte aspiration dans le travail de création de Christian Lacroix, caractérisé par ses relectures du passé, notamment de l’histoire de la mode des XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, réinterprétée par l’œil et la main du couturier.
La Renaissance
La Renaissance, période souvent représentée dans le répertoire classique ou plus contemporain prend ici, avec La Vie de Galilée (Comédie-Française, 2019), Lucrèce Borgia (Comédie-Française, 2014) et Roméo et Juliette (Opéra-Comique, 2008), les traits des luxuriants portraits florentins ou l’austérité de Velasquez. Les costumes, notamment ceux des pièces de Bertolt Brecht et de Victor Hugo, reprennent avec précisions les lignes vestimentaires de la Renaissance dans leurs formes, leurs textiles riches et colorés, leurs accessoires (chapeaux) et leurs ornements (bijoux) tandis que ceux de l’opéra de Pascal Dusapin (titre), sont revisités avec une certaine modernité, par l’ajout d’éléments contemporains.
Le XVIIe siècle
Le parcours de l’exposition se poursuit avec le siècle de Louis XIV, celui de la tragédie classique mais aussi de Molière – est représenté dans cette vitrine par trois comédies-ballets – le XVIIe siècle se prête aux exagérations démonstratives et spectaculaires perceptibles dans l’architecture, la peinture et la sculpture. Ici, le visiteur découvre les volumes et ornements des silhouettes exubérantes des personnages du Bourgeois gentilhomme (Bouffes du Nord, 2012), des Noces de Figaro (Théâtre des Champs-Élysées, 2019), de George Dandin (Bouffes du Nord, 2020) ou de L’Amour médecin (Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence, 2023).
Côté cour, le XVIIIe siècle
Côté cour, le XVIIIe siècle est celui de l’opéra baroque, de Marivaux et surtout de Mozart. Ici, paniers et habits brodés témoignent d’une esthétique extravagante de l’époque, marquée par les va-et-vient entre l’Autriche rococo, l’Espagne encore marquée par l’austérité et les éclats de Versailles. Les costumes des Noces de Figaro (Théâtre des Champs-Élysées, 2019) en sont une parfaite illustration. Confectionnés par l’atelier Caraco Canezou – sous la direction de Claudine Lachaud, complice de Christian Lacroix depuis les années 1990 – ils reflètent une précision historique minutieuse, des costumes d’apparat aux tenues d’intérieur, conformément aux souhaits du metteur en scène James Gray.
Côté jardin, le XVIIIe siècle
Côté jardin, le XVIIIe siècle de Christian Lacroix est – avec les costumes du Postillon de Lonjumeau mis en scène par Michel Fau en 2019 – presque burlesque, comme une caricature du XVIIIe revu par le XIXe siècle. Pour ce spectacle, beaucoup de costumes ont été réalisés à partir d’éléments récupérés d’anciennes productions transformés et réassemblés, puis ornés d’une profusion de ruchés et de volants, fleurs et garniture. Cet « upcycling » de costumes déclassés est une des méthodes qu’affectionne tout particulièrement Christian Lacroix, une continuité du théâtre, le leg d’une génération à l’autre de panières à faire revivre, donnant aux spectacles un supplément d’âme grâce à cette transmission.
Comme un interlude, les salles menant aux quatre vitrines suivantes explorent les mythologies.
Mythologie
Au milieu du parcours de l’exposition, retrouvez les mythes, les dieux de l’Olympe ou les héros homériques font partie du théâtre classique, de l’opéra baroque et de tous les arts. Né en Arles, ville gallo-romaine fondée par les Grecs, Christian Lacroix a été bercé par les références antiques. Une imagerie qu’il a pris un plaisir particulier à reconstituer pour Le Postillon de Lonjumeau (Opéra-Comique, 2019) ou Polifemo – donné à l’Opéra Royal de Versailles en 2024 – dont les costumes sont présentés ici.
Santons
Thématique, la deuxième partie de l’exposition aborde des sujets chers au créateur. Les traditions populaires de Provence, telles que les « Santibelli » et les santons des crèches de Noël, ainsi que celles d’Espagne, notamment la tauromachie, marquent son travail, qui fait écho à Goya et aux influences hispaniques de la Camargue. C’est toute cette iconographie que l’on retrouve dans les costumes de Figaro et des chœurs dans Les Noces de Figaro (mis en scène par James Gray au Théâtre des Champs-Élysées) ou ceux des Fourberies de Scapin, absents dans cette exposition, car toujours au répertoire et repris en septembre 2025 à la Comédie-Française.
Ailleurs
Bien des œuvres nous convient vers l’ailleurs. Des espaces lointains, contrées imaginaires et territoires rêvés laissant libre cours à l’imagination aux mélanges des folklores, aux patchworks de toutes les civilisations d’où faire naître des silhouettes chamarrées et fantasques. Composite, hétéroclite, disparate sont des mots importants dans le vocabulaire des costumes qu’aime élaborer Christian Lacroix. Ici pour une Madame Butterfly très fantaisiste mise en scène par Vincent Boussard à l’Opéra de Hamboug, Askungen – ou Cendrillon – chorégraphié par Tamara Rojo à l’Opéra de Stockholm ou encore les « mousmées » qui apparaissent dans le Peer Gynt d’Ibsen mis en scène par Éric Ruf au Grand Palais pour la Comédie-Française. Le tout à partir de fripes, de récupération, d’éléments détournés.
Hyménées
Si la mariée est un personnage clé des défilés de haute couture, elle l’est aussi souvent
sur scène. Les hyménées sont le jour où toute femme, toute jeune fille, sent converger vers elle toute l’attention, tous les regards. Couturier, Christian Lacroix aimait particulièrement ce genre de commandes où il devenait l’assistant de la fiancée venue lui demander de concrétiser un idéal de robe entretenu depuis l’enfance. Sur scène, ici celles de Roméo et Juliette, Fantasio, Pelléas et Mélisande, … les mariées sont plus souvent abandonnées et douloureuses que flamboyantes. Dans plusieurs mises en scène, ces robes ne sont même pas portées, juste montrées dans le décor ou devant l’actrice, la cantatrice, comme des fantômes ou les épouses de Barbe Bleue.
Fin de siècle
Fin de siècle, fin du XIXe, fin d’une époque en général, crépuscule ou même décadence. Les hommes en longues redingotes noires et chapeaux haut-de-forme ont été sur-représentés dans les productions de ces vingt dernières années, où ils symbolisent souvent le pouvoir patriarcal, la violence machiste ou même le capitalisme cynique. Ils auraient pu être de toutes les vitrines. Dans une mise en scène en clair-obscur, s’exposent des uniformes qui n’en sont plus, des dames en noir, or, jais et argent comme la « Mélisande » d’Éric Ruf au Théâtre des Champs-Élysées, inspirée des tableaux de Gustav Klimt. Flamboyances en voie d’extinction, contrastant avec la naïveté d’une «robe jardin fané» du Fantasio de Musset, mis en scène par Denis Podalydès à la Comédie-Française.
Anges et démons
Le parcours de l’exposition prend fin avec les Anges et démons qui accueillent enfin les visiteurs pour un grand final aux allures de « jugement dernier » ! L’enfer et le paradis sont présents dans toutes pièces, ballets ou opéras, puissances souterraines et envolées des âmes pures, auxquelles correspond un peu symboliquement la structure du théâtre à l’italienne.
Avec bonheur, passion et délectation Christian Lacroix s’est particulièrement amusé pour la fin de ce parcours, à imaginer tous ces archétypes, des momies enluminées des catacombes du Roméo et Juliette d’Éric Ruf à la procession des squelettes d’ecclésiastiques de l’Aïda de Johannes Erhart à Cologne en passant par les anges drapés et « trolls » du Peer Gynt d’Éric Ruf réalisés avec Renato Bianchi et les ateliers de la Comédie-Française à partir de leurs archives. Le visiteur croise aussi le pape lui-même (La Vie de Galilée, Comédie-Française, 2019) et les prostituées du Mahagonny mis en scène par Vincent Boussard à l’Opéra de Berlin. Au long de leur fidèle collaboration, Vincent Boussard et Christian Lacroix ont aussi aimé beaucoup habiller les chœurs à partir de ce papier, le Tyvek, un matériau non tissé, repeint de noir ou imprimé, permettant des bouillonnés aussi spectaculaires que légers et durables. Comme pour les costumes XVIIIe siècle de leur Candide du Staatsoper de Berlin ou les dames inspirées des peintures d’Holbein dans leur Radamisto du Theater an der Wien, qui font cortège aussi dans la grande salle de velours noir.